Fès · Riad Al-Uns
AL-MUNYA
المُنية
Al-Munya est le corps à Fès, à côté du Riad Al-Uns.
Dar al-Bidaya loge gratuitement (charges à la société) ; Dar al-Diyafa est la foresteria à paiement (produits à la société). Le majlis est An-Nudama.
Le nom n’est pas un ornement. Dans al-Andalus et au Maghreb, la munya était une villa de retraite : jardin, eau, ombre, compagnie choisie. Une maison hors du bruit, et pourtant tout entière une maison.
Al-Munya est une demeure privée, attenante mur à mur au Riad Al-Uns. C’est un corps de bâtiment séparé, avec sa propre entrée, son propre patrimoine et sa propre responsabilité, mais avec les mêmes armoiries et la même vision.
Elle n’est pas une extension de la maison de formation.
Elle n’est pas un hôtel.
Elle n’est pas un club.
Elle n’est pas un lieu ouvert.
An-Nudama y siège : un majlis à nombre fermé,
accessible uniquement par cooptation.
Les deux maisons ont des entrées, des cuisines, un personnel et des circulations entièrement séparés.
Une seule porte dans le mur commun, ouvrable exclusivement depuis le côté du Riad.
Vivre dans la beauté, lorsqu’elle n’est pas mise en scène, éduque déjà le regard et le corps. La qualité de la lumière, le poids d’un tissu, la proportion d’un patio, un objet ancien qui n’a pas été produit pour vous et que l’on ne peut pas emporter : tout cela précède le discours.
Les espaces
La demeure
Peu d’espaces, généreux, ordonnés. Chacun répond à un usage précis. Rien n’est pensé pour l’accumulation ni pour l’exposition.
On n’entre pas dans une munya comme on entre dans une salle.
On est reçu, par degrés.
Seuil
- Sqifa
Vestibule d’entrée. Celui qui franchit la porte ne voit pas encore. L’intimité de la maison est gardée avant d’être offerte. - Parloir
Premier accueil, distinct de tout espace du Riad. Ici l’on s’assoit avant d’être admis plus loin.
Cœur
- Patio avec portiques et salle
Le centre, et le motif du nom. Patio portiqué et salle majeure qui s’ouvre directement sur lui. Lieu de présence et de silence partagé. - Jardin
Eau, ombre, parfums. Non un décor : la continuité du patio vers le ciel. - Oratoire
Espace de prière orienté, donnant sur le patio et le jardin.
Permanence
- Appartements des hôtes
Chambres privées avec salle de bain propre. Nombre contenu. - Appartement d’honneur
Unité de plus grand rang et de plus grande générosité d’espace — le rang de la pièce, non celui de qui l’occupe. - Salon
Une pièce close pour la conversation, sur le patio.
Service
- Salle à manger
Avec cuisine autonome complète, entièrement séparée de celle du Riad. - Locaux de service
Accessibles uniquement au personnel de la Munya. - Magasin discret
Pour tissus de valeur, pièces en dépôt et objets qui ne doivent pas rester exposés.
Seuil
La règle
Le nombre est fermé.
L’accès se fait par cooptation seule.
Ce qui se dit ici reste ici.
La règle précède l’hôte.
Elle n’est pas négociée à l’arrivée.
On ne l’assouplit pas pour convenir.
L’hôte est reçu.
Il n’acquiert aucun droit sur la vie de la maison voisine.
Franchir éventuellement la porte commune demeure un geste de ceux qui y vivent — jamais une prérogative de l’invité.
À côté, dans le Riad, ce sont les hommes de la maison qui regardent. Le ṣāniʿ, le nāʾib, le maʿallem, le muqaddam, le shaykh : chacun, à son degré, tient la mesure. Ils ne jugent pas selon le cens. Ils jugent l’homme.
À leur table, lors d’une épreuve de tir à l’arc, sur une chevauchée au désert, nul ne porte son origine sur le visage. On ne sait pas si celui qui s’assoit à côté de soi est un jeune homme reçu par hospitalité, ou le fils d’une maison qui pourrait s’offrir la médina. La règle est la même. Le regard est le même.
On n’entre pas par ce que l’on a.
On est regardé pour ce que l’on est.
Travail
L’ameublement
La Munya n’est pas meublée une fois pour toutes par un décorateur.
Elle est vêtue, dans le temps, par le travail de la maison voisine.
Les motifs qui reviendront sur les murs et les tissus n’ont rien d’une importation. Ils appartiennent à un répertoire qui a déjà fait le voyage — de la Méditerranée islamique vers Venise — et qui revient. Peu de pièces. Peu de couleurs. Des surfaces mates. Rien qui n’ait déjà accompli l’aller.
Soutenir cette demeure, c’est commander un geste.
Dans la même ville, de la même main. Une tenture, une lumière, un bois.
Les ateliers de Dar al-Hiraf et les corporations de Fès fourniront progressivement tissus, stucs, céramiques, bois, métal et lumière. Le métier a ainsi un commettant avant d’avoir un marché.
Sous les yeux restent aussi, s’il s’en trouve, quelques objets anciens qui n’ont pas été produits pour l’hôte et qu’il ne peut pas acquérir. Ils ne sont ni collection ni musée. Ils sont un modèle — et un avertissement.
La porte ne s'ouvre pas d'elle-même. Quand elle s'ouvre, c'est un homme qui entre, sous la même mesure que les autres, son rang resté dehors. Le travail des ateliers, lui, traverse chaque jour : il vêt la maison.
Fès et la Sicile
Les deux Munya
Al-Munya est le corps, ici à Fès comme en Sicile : entrée propre, mêmes armoiries, sujet distinct. Dedans, Dar al-Bidaya loge les membres d’An-Nudama ; Dar al-Diyafa est la foresteria.
Les contextes changent, non les noms ni les fonctions. Le séjour à Dar al-Diyafa n’y donne aucun titre sur la vie commune de la Casa. Les apprentis en épreuve dorment dans les chambrées de la Casa, jamais dans Al-Munya.
Les jeunes gens du Funduq, eux, n’ont pas encore de munya à eux. Quand la part écroulée de l’aile est sera relevée, les ateliers y passeront, et les espaces qui regardent la cour centrale pourront devenir une munya ouverte, avec son salsabīl et une canalisation qui rejoindra la vasque à fleur de sol.
La maison sicilienne se voit ici : www.al-funduq.org.